Bonnes résolutions : à vos marques, prêts, flanchez !

Ô Joie, le mois le plus chiant de l’année est entamé !

La Chronasse
4 min ⋅ 08/01/2026

Chaque année, on démarre janvier avec la même ambivalence un peu fébrile : une surexcitation vaguement héroïque – cette année, je change tout – aussitôt rattrapée par une réalité beaucoup plus plate. Le mois commence et pour l’instant, il est très calme. Anormalement calme. J’attends le travail, qui semble avoir oublié de rentrer de vacances. 

Et pendant ce temps-là, comme à son habitude, LinkedIn hurle.

Le réseau s’est mué en une immense salle d’auto-évaluation collective. Les bilans 2025 pleuvent. Untel dresse la liste de ses réussites. Un autre déballe un chiffre d’affaires indécent. Une journaliste me plonge dans des tourments existentiels en expliquant avoir écrit plus de deux mille articles dans l’année. Deux mille. J’avoue n’avoir jamais compté ma production, mais si j’atteins les trois cents, c’est déjà un miracle.

Deux options se présentent alors : soit je suis d’une inefficacité remarquable, soit LinkedIn ment. 

Je penche pour la seconde, sans exclure totalement la première.

Dans les magazines, c’est reparti pour les régimes, les corps à “détoxifier” et les bonnes habitudes à adopter maintenant, sous peine de rester soi-même

À la radio, le Dry January a pris le contrôle des ondes, cette brillante idée consistant à retirer l’alcool du mois le plus lugubre de l’année.

Le Parisien m'apprend également que les salles de sport sont bondées. Que les habitués se rassurent : ça ne durera pas. D'ici mi-février, les nouveaux inscrits auront disparu. Les salles de sport adorent janvier : c'est le mois où elles encaissent douze mois de cotisations pour trois semaines de fréquentation.

C’est donc un mois épouvantable, de promesses excessives, d’objectifs hors sol et de bonnes résolutions qu’on sait déjà fragiles.

Mais au fond, ces foutues bonnes résolutions, d’où viennent-elles ?

De la grande et déchue Babylone 

C’est très vieux, et déjà très culpabilisant.

Chez les Babyloniens, il y a plus de 4 000 ans, on fêtait le Nouvel An pendant douze jours avec la fête d’Akitu. À cette occasion, on promettait aux dieux de :

  • rembourser ses dettes

  • rendre les outils empruntés

  • se tenir à carreau l’année suivante

Les Romains, depuis César, ont placé le Nouvel An sous la protection de Janus, le dieu aux deux visages : l'un tourné vers le passé, l’autre vers l’avenir. Ils faisaient alors vœux de bonne conduite morale et civique : être un bon citoyen, honorer ses engagements, ne pas foutre le bazar dans l’Empire. 

Au vu de l’actualité outre-atlantique, certains ont loupé le mémo. Mais de toute façon, janvier est officiellement devenu le mois où l’on commence à se décevoir. Alors c’est parti, dressons la liste de ces résolutions qu’on ne tiendra pas, ou si peu.  

Toute nouvelle année commence forcément par un régime 

Évidemment. Même moi je succombe à l’idée : je fantasme un retour triomphal du maillot deux pièces à l’été 2026. Flamboyant bikini rouge, peau dorée, ventre plat par miracle ou intervention divine.

Mais le problème, c’est que le 1er janvier, il y a les restes.

Et jeter du foie gras à la poubelle reste un acte immoral que je ne suis pas prête à commettre, même pour relancer ma carrière abdominale.

Donc par respect pour l’animal, on a déjà reporté le régime d’un jour. 

Le 2 janvier, regonflée de volonté, je fais les courses. Mon frigo se transforme en un petit temple de primeur bio, rempli de légumes boueux, vous savez, ceux qu’on a volontairement laissés sales pour “faire vrai”. Des panais, des céleris, des courges comme sortis d’un catalogue de permaculture.

Mais à peine ai-je le temps de demander à ChatGPT : “ça se cuit comment un topinambour ?”, qu’une invitation surgit.

Et qu’est-ce qui débarque sur la table, comme une main tendue par Satan lui-même ?

Une galette.

Il y a un problème de décence dans le calendrier, tout est à revoir. On ne peut pas demander aux gens de tenir des résolutions pendant que la galette des rois se balade partout avec son air innocent et ses 800 calories par part.

Épargner (LOL)

Après, viennent les résolutions financières. 

Épargner, bien sûr. Faire preuve de bon sens, de rigueur, arrêter d’acheter des fringues qu’on possède déjà en trois exemplaires, arrêter les restos (au moins c’est en phase avec le régime : déprimant, mais cohérent).

Mais comment fait-on pour tenir ses résolutions quand on se fait agresser à chaque page web par des encarts en majuscules rouges :

DERNIÈRE DÉMARQUE
-50%
C'EST MAINTENANT OU JAMAIS

Parce que janvier, ce mois déjà marqué par le sevrage affectif du gras a la cruauté d’être aussi celui des soldes. Je vous dis que rien ne va dans ce calendrier ! On tente de reprendre sa vie en main tout en recevant des pubs pour des bottines “vert sapin” à -70% alors qu’on déteste le vert sapin. Mais bon, -70 %.

Et comme si ça ne suffisait pas : les compagnies aériennes s’y mettent aussi.

Parce que tant qu’à être au régime, cloîtré chez soi, en train de manger une soupe tiède de navets terreux dans un jogging informe, autant recevoir en simultané une alerte promo pour un aller-retour vers l’été.

“Où partirez-vous en 2026 ?”

Je ne sais pas. Probablement dans le mur, mais merci de demander.

...

La Chronasse

Par Mathilde de Cessole

Journaliste indépendante, je chronique avec humour les tendances étranges qui agitent notre société.

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